«Une nuit chez un partisan du Hezbollah»

(Jeudi 9 septembre 2010 – 35e jours du TDM-Saint Alain-Roland)

 

Nous sommes arrivés la veille à Tokyo sans avoir d’adresse où dormir. Nous n’avions fait aucune réservation d’hostel et n’avions trouvé personne pour nous accueillir en couchsurfing.

 

Grossière Erreur !

 

Nous débarquons sur une autre planète, je veux dire une autre galaxie. Laissez nous vous expliquer, comment nous avons vécu notre première nuit sur place.

 

Nous arrivons vers 18h la veille, à la gare Central, débarquant sur l’immense avenue Ginzha. Nous pensons trouver un McDo, un Starbucks ou un café internet, afin de rechercher sur internet, gratuitement, notre hostel. Nous tombons sur un restaurant qui porte le doux nom de la Bohème. Nous entrons pour demander de l’aide, un petit homme, manager du restaurant se présente en anglais et parle même français. C’est Deeb, un libanais du sud, vivant et travaillant sur place depuis 10 ans. On lui explique notre situation, il est charmant et nous invite à boire un thé glacé. Il nous assoit à une table du restaurant et se joint à nous pour trouver une solution.

 

Apres 10 minutes de discussion, il nous invite a rester dormir chez lui, nous vantant la taille de son appartement, le fait qu’il possède deux pièces dont l’une ou nous pourrons dormir. Il nous met en garde sur le fait qu’il habite loin, et qu’il faut partir juste après la fin de son service, vers 23h. Il ajoute qu’il serait bon que nous payions 1000 yens par nuit, auquel cas nous pourrons rester l’ensemble de notre séjour.

 

Une option en poche pour se loger, nous partons tout de même à la recherche d’internet. Les choses se compliquent, nous passons au Mc Do, il y a internet payant qui coûte une fortune, compter 5 euros de l’heure. On tente sur le trottoir, pour voir si internet est fourni gratuitement par la ville, pas de chance là aussi. On prend 2 heures pour trouver un café internet qui s’appelle en fait « Manga café ». La complexité est de trouver l’adresse, tous les écriteaux sont en caractères japonais, et chaque building de 5 étages, compte plus de 10 entreprises différentes. Il est impossible de s’y retrouver dans ce chaos.

Devant le Starbuck où nous avons essayé de nous connecter en vain car leur connexion est payante. On est chanceux, on tombe sur un noir au style américain, mais français. Il est accompagné d’une japonaise qui nous indique un manga café.

 

Nous montons au 4ème étage, dans un ascenseur étroit. Nous accédons au manga café. On nous demande de remplir un formulaire, comme à l’aéroport, avec nos passeports. Ils sont fous ! Il faut d’abord devenir membre de leur café avant d’avoir accès à une cellule où se trouve un ordinateur qui nous permet d’avoir internet en japonais.

 

En quelques mots, un manga café est un lieu qu’on pourrait décrire comme une salle de bureau en « open space » où chacun est confiné dans sa petite cellule fermée de 2 m2. Les japonais y lisent des mangas, surfent sur internet, dorment, se lavent, font leurs besoins, mangent, boivent. C’est une horreur ce lieu !

 

On s’installe, on s’accorde 30 minutes de connexion. Il est impossible de trouver google en anglais ou en français, impossible de trouver un hostel pas cher avec un check in au delà de 20h. Une galère !

 

Entre temps, Deeb nous a dit de le rejoindre à la Bohème à 23h ou à Wakoshi à 24h. Nous l’appelons à 23h45 pour lui dire que nous le rejoignons à Wakoshi. Il est toujours d’accord pour nous héberger, nous évitons donc la nuit sur le pavé de Shibuya.

 

Nous arrivons chez lui vers 1h du matin. Au passage, il nous montre dans sa rue, un « bar américain » et nous explique que sa copine y travaille. Elle nous rejoindra plus tard.

 

Chez lui, le grand appartement qu’il nous a décrit, c’est deux parois en plastiques épaisses de 3 centimètres pour séparer l’appartement en 4 pièces. Sa chambre dispose d’un placard et d’un futon. La deuxième pièce « spacieuse », où il souhaite nous mettre est un champ de bataille. On y trouve sa shisha, son ordinateur, son unique table et un petit autel a la gloire du Hezbollah. Il y a aussi une cuisine qui donne accès à un balcon. En somme, Deeb nous offre le choix de dormir dans son bordel ou sur le sol de sa cuisine. Il ajoute qu’il utilise l’ordinateur jusqu'à 6 heures du matin tous les jours. Autrement dit, le choix est vite fait, ce sera la cuisine. Il nous a parle de sa connexion internet ultra-rapide au pays de la haute technologie. Il nous créé un réseau qui répond au doux nom de Hezbollah. Nous tentons de se connecter, impossible. Il est plus facile d’avoir internet dans la steppe Mongole !

 

Nous décidons de dormir sur le sol de la cuisine. Au petit matin, sans réveiller Deeb, mais en laissant une note de remerciements, nous quittons définitivement son havre de paix. Nous ne payerons pas 1000 yens/nuit pour dormir sur un sol de cuisine.

 

Nous prenons le train, puis le métro pour nous rendre dans le quartier d’Idabashi, quartier Français. Nous disons quartier Français, car on y trouve l’institut Français, équivalent de l’Alliance Française. Nous pensons y trouver internet gratuit et peut être des bons plans pour se loger.

 

En sortant du métro, nous tombons sur une dame, au style vestimentaire qui nous dit, « Je suis Française ». Nous l’arrêtons et lui expliquons notre problème. Au premier abord, elle nous fait comprendre que nous sommes tarés de débarquer au Japon sans avoir réservé un hotel. Elle ne peut rien faire pour nous.

 

Au moment de partir, je lui lance : « Vous ne connaitriez pas Mme Decaix, par le plus grand des hasards ?»

 

Madame Decaix est la mère d’un ami de Thibault. Thibault a rencontré son ami à Marseille lors de son entrée à l’Euromed Marseille. Il lui avait dit que ses parents vivaient à Tokyo, mais nous n’avions aucun moyen de les contacter.

 

Cette question posée à cette inconnue dans la rue a changé à 180 degrés la vision de notre séjour.

 

En effet, cette passante est une très bonne amie de madame Decaix. C’est à ce moment qu’elle commence à nous prendre au sérieux, nous lui donnons notre carte. Quelques heures plus tard, nous recevrons un email nous conviant a venir passer le séjour chez les Decaix.

 

Nous ne remercierons jamais assez la famille Decaix de nous avoir fait passer six jours exceptionnels à Tokyo.

 

Dōmo arigatō gozaimashita à Deeb et dōmo arigatō gozaimasu à la famille Decaix !

 


 

 

«Sushi-Bar»

(Vendredi 10 septembre 2010 – 36e jours du TDM-Sainte Ines-Roland)

 

La nuit dernière fut excellente, nous avons partagé un bon repas chez notre nouvelle famille d’accueil. Nous avons pu goûter à la meilleure crème caramel de notre tour grâce au talent de cuisinière de Madame Decaix. Nous avons même pu dormir dans une chambre séparée pour la première fois et sûrement la dernière de notre tour.

 

Aujourd’hui, nous décidons d’aller déjeuner dans un sushi bar situe sur la Kagurazaka. Il nous a été recommandé par nos hôtes pour la qualité de ses sushis à un prix modique. Chaque jour, après 14h, les assiettes de sushis sont à moitié prix, et le poisson est frais du matin.

 

Nous irons a vélo, ayant la chance d’en avoir a disposition. Qui l’aurait cru ! La veille nous étions prêt à prendre le premier avion pour Hanoi et dormir 6 nuits à l’aéroport.

 

Et voilà, les frères gastronomes, à vélo dans les rues de Tokyo pour aller déguster des Sushis. C’est magnifique ! Nous passons devant la station de métro d’Ichigaya, puis l’Institut Français, le restaurant l’Alliance et montons la côte de la « Kagu ».

 

Enfin, devant l’entrée qui nous semble être la bonne. On nous a donné un point de repère, le restaurant est situé en face d’une petite superette. Nous entrons, il y a un bar japonais. Un cuisinier est au centre, le bar forme un carré sur lequel on trouve un plateau tournant. On nous apporte des menus, nous devons être une dizaine de clients à cette heure avancée de l’après midi. Tout le monde est là pour le bon plan ! Nous essayons de lire le menu, tout est en japonais, pas un menu en anglais ou en français. Heureusement, au mur, il y a un panneau affichant le prix de chaque assiette. Chaque assiette a une couleur ou des motifs différents avec un prix fixe. Chacune nous offre deux ou trois sushis identiques. Nous attaquons avec les sushis au saumon, puis au thon, puis à la crevette, au calamar, à l’anguille.

 

C’est très simple de faire des sushis, une boule de riz, une tranche de poisson cru, puis de la sauce soja, du gingembre et du wasabi pour assaisonner et le tour est joue.

 

Et bien non, pas si simple !

 

Le sushi est un art au Japon et il faut près de dix ans pour devenir Maitre Sushi ou Sushiya.

 

Nous n’arrivons pas a obtenir la réponse, le cuisinier en face de nous est il un Sushiya ?

 

Il ne comprend rien à ce qu’on dit mais nous sourit abondamment.

 

Cette question restera un mystère, mais nous repartons heureux, le ventre bien rempli, après une vingtaine d’assiette avec lesquelles nous avons créé une véritable tour de Pise. Ce qui impressionna beaucoup les gens autour de nous. Et oui, les frères gastronomes ont un sacré appétit…

 

Dōmo arigatō gozaimasu a la famille Decaix pour ce bon plan !

 


 

 

«Interview avec Shuhei au Patati Patata»

(Samedi 11 septembre 2010 – 37e jours du TDM-Saint Adelphe-Roland)

 

Nous commençons nos interviews à Tokyo avec un japonais, directeur de deux bistrots français. Nous avons été introduit grâce à Sébastien, le cadet des Decaix, étudiant au Lycée français et ayant ses habitudes au Patati Patata.

 

Quel nom étrange au premier abord ? Sommes nous toujours à Tokyo?

Même en France, on ne trouve pas un nom pareil de bistrot ! Et pourtant, un peu d’excentricité ne leur ferait pas de mal, dans notre douce France. Le nom nous intrigue, la personne qui se cache derrière encore plus.

 

Ce trentenaire japonais s’appelle Shuhei. Il passa trois ans en France entre Aix en Provence et Paris. Nous arrivons a son bistrot en vélo accompagne de Sébastien. Sur place, une amie bilingue du lycée Français, nous épaulera pour la traduction.

 

Nous avons un bon feeling avec Shuhei et son acolyte cuisinier. La caméra est en place, il tourne autour et s’intéresse à son fonctionnement.

 

On se rafraîchit avec un pastis.

 

Nous sommes six autour de la table, la clope au bec et une bouteille de pastis à vider. Un petit coin de France, on s’y sent même plus libres à ce moment là.

 

L’interview sera ponctuée de fous rires, on manquera de s’étouffer plusieurs fois, l’effet de l’alcool aidant. Nous avons la chance de pouvoir parler enfin avec un Japonais, de pouvoir partager sa vision du monde et même de rire. Shuhei nous racontera même ses anecdotes en skateboard, descendant comme un fou les « truelles » de la butte Montmartre. Il nous parle de son amour pour la culture Française. De notre côté, nous voulons savoir si il a connu le « Syndrome de Paris ». Il hoche la tête négativement.

 

Le « Syndrome de Paris » est une sorte de dépression qui touche particulièrement les touristes japonais. Ils débarquent à Paris en ayant une vision idéalisée, du Paris des Années Folles, de l’élégance à la française, la ville de l’Amour. Il paraîtrait que notre comportement et notre langage trop franc les insupportent. La culture japonaise ne permet pas d’exprimer ses opinions en public, de couper la parole ou d’être en désaccord avec une autre personne. Ce que nous considérons comme des principes de bases de la « Liberté » est à l’opposé de leur éthique.

 

Il nous parle de son choix d’offrir une cuisine du sud, qui est plus saine pour la santé et qui caractérise mieux la culture japonaise. Il donne aussi son avis, positif, à l’inscription de la gastronomie Française à l’UNESCO.

 

Nous finissons l’interview, une bouteille de pastis plus tard, riant à tue tête, nous exclamant bruyamment avec Shuhei vociférant des mots en français. Il se souviendra, je pense, de cette cuite mémorable en plein après midi, sous 35 degrés à l’ombre. Il n’y a pas plus français que Shuhei à Tokyo et nous vous recommandons l’adresse pour un petit plat entre midi et deux. Si vous le voyez, saluez le de notre part !

 

Nous rejoignons ensuite, le restaurant « Chez Olivier » créé et dirigé par le Chef Olivier Oddos, un ancien de Cordon Bleu Japon. Vous pouvez bien sûr découvrir son portrait et ses recettes sur notre site.

 

Dōmo arigatō gozaimashita à Shuhei et son acolyte ainsi qu’a Olivier Oddos !

 


 

 

«Diner avec Tomoko»

(Dimanche 12 septembre 2010 – 38e jours du TDM-Saint Apollinaire-Roland)

 

Ce soir, nous dinons avec une amie japonaise d’Alexandre Daune. Vous vous souvenez, Mr Daune, propriétaire du Saleya et autres brasserie Shanghaienne. Il nous avait donné le contact qu’il avait sur Tokyo, afin de nous aider à trouver un logement.

 

Finalement, nous avons trouvé une autre solution mais donnons rendez vous à Tomoko sur la Kagurazaka. Nous arrivons comme d’habitude avec un quelques minutes de retard. Nous nous en excusons et nous présentons. C’est une femme ravissante, la trentaine, cadre dans une boîte financière.

 

Nous n’avons aucune idée d’où aller et elle nous propose de faire un restaurant typique japonais. Typique ? eh oui, le japon n’offre pas seulement des sushis et des makis.

 

Nous rentrons dans un restaurant à côté de l’Alliance, la tradition est d’y enlever vos chaussures. Nous nous exécutons et traversons les salles encastrées et les salons privatifs. Tout est en bois vernis, nous glissons jusqu'à notre carré et nous sentons exclus des festivités. Mais ne vous y trompez pas, ce qu’on vous offre est en fait de la tranquillité.

 

Heureusement, Tomoko peut nous conseiller, car le menu reste écrit en japonais et bien sur personne ne parle anglais. C’est peut être pourquoi il y a une photo pour chaque plat écrit sur le menu. Elle commande des brochettes de viandes, et plein d’autres petits plats que nous partagerons.

 

Nous parlons de notre voyage, nos interviews, elle nous parle de sa vie au Japon, de son métier. Elle s’interroge sur la manière dont nous avons rencontre Alexandre et par la suite obtenu son adresse mail. Nous passons une agréable soirée.

 

Finalement, ce qui nous aura frappé, mis à part la beauté des femmes japonaises et la qualité de la bière ce sont les cris émanant des salons privatifs, à quelques pas de notre table. Les japonais aiment se retrouver autour d’une table entre collègue de bureau et décompresser.

 

Mais cela n’explique pas le décalage qu’il y a entre, le silence qui règne partout dans la ville et ce restaurant. Allez vérifier par vous même, vous verrez dans les lieux publics comme le métro ou la rue que personne ne se parle et personne ne se regarde. On a fait même le constat désolant que le seul ami du japonais est son téléphone portable.

 

Ici, retournement de situation, il rit, il parle, il crie, on a même l’impression qu’ils sont amis. Tomoko nous explique qu’ils doivent en être à leur deuxième bière. Ah ! Voilà une explication plausible, le japonais ne tient pas l’alcool. L’alcool lui ôte ses inhibitions, complètement.

 

En somme, si vous souhaitez passe un bon moment de rigolade avec un japonais, prévoyez un « six pack ».

 

Dōmo arigatō gozaimashita à Tomoko !

 


 

 

«Interview avec le Chef Suzuki a l’Alliance »

(Lundi 13 septembre 2010 – 39e jours du TDM-Saint Aimé-Roland)

 

Nous avons fini notre week-end sur un bon dîner, pourquoi pas commencer cette nouvelle semaine sur une bonne interview. Nous vous emmenons aujourd’hui au restaurant l’Alliance sur Kagurazaka. Je l’ai cité plusieurs fois, étant passé devant tous les jours depuis notre arrivée.

 

Ce restaurant français invite dans ses cuisines un chef japonais, nommé Takeshi Suzuki. Il est détenteur d’une étoile au guide Michelin. Nous avons pris rendez vous directement sur place, le lendemain du jour de notre arrivée.

 

Qu’elle ne fut notre surprise de découvrir à la réception, un jeune étudiant de l’Essec réalisant son premier stage en entreprise. Il se prénomme Michael. Il profite de son stage pour améliorer son japonais.

 

Le chef nous accueille en présence de Michael, qui nous aidera par la suite pour traduire nos questions. Le chef parle un peu et comprend le français a condition de parler lentement. Il détend l’atmosphère, plaisantant sur l’origine de son nom, tout droit sorti d’une écurie de moto, mais prétend ne pas participer aux 24h du Mans.

 

Il a déjà prévu sur une table une assiette magnifique, haute en couleur, représentant l’été, les arbres en fleur et le soleil. Il nous invite à déguster un foie gras accompagné d’une gelée de porto. On trouve aussi de la mangue et de la pistache. Tout est minimaliste, organisé, propre et droit. Il n’y a pas une faute, une tache, pas un détail qui dépasse. Les japonais adorent le côté minimaliste, il ne s’attarde pas sur la quantité et donne crédit à la qualité, avant tout.

 

Nous passons dans les cuisines où tout le monde s’active et bien sûr le plus choquant pour un occidental, pas un bruit. On entendrait même le bruit d’une feuille de salade tombant sur le sol. Le chef Suzuki en profite pour nous montrer les caisses de girolles, arrivées directement de Rungis. Voilà le luxe, une des composantes de l’étoile, ils ont le budget pour acheter des caisses de girolles de Rungis. Bien sûr, le cout s’en ressentira dans l’assiette, compter entre 10.000 et 12.000 yens pour un repas (environ 100 euros).

 

Nous n’obtiendrons pas des réponses toujours claire et précises à nos questions, en raison de la barrière de la langue. C’est d’ailleurs une difficulté qui sera toujours ressentie par les expatriés français.

 

Pour finir l’interview, le chef nous fera aussi déguster un dessert. Ce qui ressort encore est le souci du détail et l’intérêt porte à la décoration dans l’assiette. Le chef nous expliquera qu’on ne peut pas faire un grand plat sans des bons produits. Mais ce qui le démarque des autres est la présentation dans l’assiette. Il serait criminel de ne pas prendre une photo pour immortaliser l’œuvre du Maitre Suzuki. Nous repartons bluffés par ce chef talentueux, qui pourrait faire pâlir plus d’un cuisinier français.

 

Dōmo arigatō gozaimashita au chef Takeshi Suzuki et à son équipe !

 

 

 

«Interview à la crêperie du Mont Saint Michel»

(Mardi 14 septembre 2010 – 40e jours du TDM-Croix Glorieuse-Roland)

 

Pour notre avant dernier jour à Tokyo nous finirons notre séjour avec une touche bretonne.

 

Nous avons rendez-vous à la crêperie du Mont Saint Michel, un îlot français tombé à pic dans le quartier peu connu de Mejiro. Cet établissement a été fondé par Yves Ringler qui nous invite aujourd’hui à déjeuner et à l’interviewer.

 

Nous commençons le déjeuner avec une galette complète. Derrière les « platines », on retrouve un autre français, Dany Fec, chef crêpier. Ce breton cinquantenaire a vendu son affaire à Lanvellec pour tenter l’aventure, loin de ses cotes armoricaines. D’après certains articles français, certains clients faisaient jusqu'à 100 km pour venir goûter ses crêpes. Nous aurons parcouru plus de 10 000 km pour la goûter, cette

« Complète».

 

Et c’est vrai qu’elle est fameuse, un petit plaisir tout simple à petit prix dans la ville la plus chère du monde. Une bonne galette, un œuf, du jambon blanc et de l’emmental, le tout pour 950 yens. De mon côté je teste aussi la Cambremer, avec un steak haché, un œuf, des oignons et de l’emmental. On apprécie la présentation d’une crêpe ouverte. Toutes les galettes portent le nom d’une ville bretonne ou normande, « Cabourg, Honfleur, Belleme », histoire de faire voyager un peu les nippons. Le décor aussi rappelle la France, table en bois, photo du Mont Saint Michel, des tomettes au sol, un service simple, pas de baguette mais une fourchette et un couteau, des bolées.

 

Yves nous explique que les japonais sont friands de venir dans des restaurants qui ressemblent exactement à ce qu’ils pourraient trouver en France. Cela leur permet sûrement de voyager après leurs longues journées de travail et le peu de vacances qu’ils s’accordent.

 

Une question que nous posons souvent est l’expérience de chacun.

Voyez vous, Yves n’est pas un restaurateur comme les autres, il était banquier jusqu'à la crise des subprimes. Il vit depuis plus de dix ans au Japon. Il se passionne pour le vin et la bonne chère. C’est donc avec le petit pactole qu’il s’est constitué, et au lieu de tout perdre en bourse, qu’il décida de s’offrir un vignoble en France dans le Languedoc Roussillon, une région qui monte. Mais son amour pour le Japon le poussa aussi à créer la crêperie et même un bar a vin dans la salle du 2e étage.

 

Attention aux futurs entrepreneurs qui souhaitent se risquer au Japon !

 

L’aventure d’ Yves ne s’est pas faite sans problème. La principale difficulté fut de trouver un fonds de commerce à louer. Cela lui prit 1 an, 365 journées à visiter plus de 200 fonds de commerce tous plus pourris les uns que les autres. La première galère est de convaincre un japonais de vous louer un local.

 

Les japonais n’aiment pas particulièrement les étrangers, c ‘est un fait à accepter ! Ils ne chercheront pas à vous faciliter la tâche, ils ne vous montreront jamais les meilleurs emplacements, ils préfèrent les réserver aux japonais. Au moins, le débat sur la préférence nationale n’existe pas dans ce pays. C’est à vous, étranger, de vous faire accepter, de vous intégrer, de prouver que vous êtes digne de confiance et pas le contraire comme en Europe.

 

Sur la carte, il nous expliquera ensuite le soin qu’il apporte à choisir lui même une sélection de cidres de petits producteurs français. Il souhaite mettre en avant dans sa crêperie les bons produits à bas prix. Le but ultime étant de faire découvrir une partie de notre patrimoine culinaire au plus grand nombre. Et tant pis, s’il ne fait pas une marge fois 12 sur ses plats comme d’autres qui en profitent. L’important est de ne pas voler et ne pas se moquer de sa clientèle.

 

Nous continueront l’interview à l’étage puis nous aurons la chance de dresser le portrait de Vincent Ramey. Vincent est un français, maître d’hôtel de la crêperie. Il nous dit qu’il a grandi dans une banlieue sensible près de Paris. Vincent n’aurait pas cru travailler à Tokyo, il y a cinq ans de cela. Aujourd’hui il parle japonais, il a une position en management, loin des galères présentées dans les JT du 20h. Il ne se contente pas d’être un porteur d’assiette ; pour lui, l’univers du service est synonyme de créativité et de bonheur. Il continue à se former sur le terrain et apprend l’univers du vin avec Yves. Il donne, tout les 3e vendredi du mois, un cours d ‘œnologie pour les débutants.

 

Finalement, nous aurons un court entretien avec Dany, le maître crêpier qui, à plus de cinquante ans, s’est lancé dans une nouvelle aventure. Il ‘n’y a pas d’âge pour bouger et travailler à l’étranger. Une autre spécialité pour lequel on vient le voir à Tokyo, ce sont ses soupes, ou gaspacho. Aujourd’hui nous avons goûté celui à la betterave avec une cuillère de crème fraîche. C’est à tomber par terre ! Le plat le plus simple au monde, me direz vous. Mais qu’elle couleur, qu’elle saveur, c’est onctueux et frais, parfait pour l’été. Il fallait tout de même y penser, utiliser de la betterave pour un gaspacho. Les éléments les plus simples donnent parfois les meilleures recettes. A tel point que les télévisions japonaises ne viennent plus pour ses galettes, ils font des émissions spéciales sur les soupes de Dany.

 

Nous saluons le travail de toute l’équipe et le choix apporté au produit que l’on vous sert aussi bien dans l’assiette que dans les bolées. Enfin, une crêperie qui apporte vraiment un soin particulier aux petits producteurs français. C’est cette philosophie que nous apprécions, ces restaurateurs qui s’appliquent dans leur travail et qu’on met rarement en avant. La gastronomie Française doit être accessible à tous sans rompre avec la qualité. Ce pari est rempli à la crêperie du Mont Saint Michel ! Espérons que les générations futures emboiterons le pas…

 

 

 

Dōmo arigatō gozaimashita à Yves, Dany et Vincent et le reste de l’équipe !

 


 

 

«Tokyo-Hanoi»

(Mercredi 15 septembre 2010 – 41e jours du TDM-Saint Roland-Roland-3 673 km)

 

Un nouveau départ, une nouvelle destination, nous nous envolons pour l’Asie du Sud-Est. Nous avons eu beaucoup de chance durant notre séjour a Tokyo. Nous avons été hébergés gracieusement et reçus extrêmement bien par une famille française que nous n’oublierons jamais. Cette semaine nous aura donné l’occasion de rencontrer des nouveaux profils et une vue d’ensemble de la gastronomie française à Tokyo. Du bar à fromages, à la crêperie bretonne, d’un petit bistrot aux toques étoilées, notre gastronomie est bien mieux représentée au Japon que partout ailleurs. Toutes ses adresses françaises n’existeraient pas si les japonais ne portaient pas autant d’amour et d’intérêt à notre culture.

 

Si vous me demandez ce que nous pensons du Japon, je vous répondrai sûrement : « c’est une autre Galaxie ».

 

Si vous voulez un conseil avant de partir pour Tokyo, je vous dirais seulement :

 

« N’oubliez pas de vous munir d’un compte en banque bien garni et d’un dictionnaire électronique Français/Japonais ».

 

Je ne sais pas si je retournerais un jour là-bas. Mais je suis heureux de l’avoir vu et c’est une expérience à vivre au moins une fois dans sa vie. Pour ceux qui se demandent encore à quoi s’attendre, empressez vous de regarder « Lost in Translation ».

 

Nous partons donc ce matin pour l’aéroport. Il nous reste assez d’argent pour prendre le train mais arrivés à la gare, nous sommes face a un dilemme. Nous avons assez d’argent pour le train normal, mais le trajet dure une heure et demie. Si nous choisissons cette option, nous manquons notre avion. La deuxième option, est de prendre un ticket pour le train rapide Narita « N'EX » qui vous emmène en 30 minutes a l’aéroport.

 

Nous avons des cartes bancaires mais il est impossible pour tout étranger de retirer de l’argent dans un ATM japonais. Impossible aussi de payer au guichet en carte. Ce système stupide nous poursuivra jusqu'à la dernière minute !

 

Tant pis, nous prenons le risque de nous faire contrôler. En aucun cas nous ne voulons manquer cet avion libérateur.

 

Dans le N'EX, cela ne manque pas, nous sommes contrôlés. Un grand jeune homme fin à lunette et très courtois, nous demande nos tickets. Nous lui présentons. Il nous fait comprendre qu’il faut payer la différence. Je lui sors mes cartes bancaires. Il me dit ce que je sais déjà. Je ne peux pas les accepter. Il nous demande de régulariser notre situation à l’arrivée.

 

Bon l’avantage, c’est qu’il ne nous aura pas sorti du train. Nous arrivons au tourniquet de sortie, il y a une cabine avec un contrôleur et une machine pour payer. Nous savons aussi que nos cartes ne marcheront pas. C’est peine perdue de se faire comprendre par un contrôleur qui ne parle que japonais. Lui expliquer notre situation prendrait des heures et des heures. Nous poussons notre chance, et malgré nos énormes sacs, nous sortons sans soucis. A peine le temps de souffler, nous courons vers le comptoir de la JAL, compagnie aérienne japonaise. C’est encore l’heure de l’enregistrement des bagages, nous ne courons plus.

 

Nous profitons même ce jour là du lounge prévu pour la classe affaire et client VIP. Vous savez, cet endroit qui en fait rêver plus d’un, où vous trouvez en-cas et boissons à volonté ainsi qu’une connexion internet gratuite. Nous y serons rentrés au culot, sans présenter nos billets, où il est écrit en gros « ECONOMIQUE ». Je note tout de même qu’il est dommage ne pouvoir y accéder avant chaque vol. Une alliance aérienne devrait prévoir quelque chose pour des clients réservant un billet tour du monde.

 

Nous décollons à bord d’un Boeing 767 à 12h10. Nous avons les places respectives 23A et 23C. Nous volons pendant plus de 5 heures, parcourant plus de 3 600 km…C’est le 4ème vol que nous prenons sur les 14 prévus.

 

Nous arrivons à Hanoi, capitale politique du Vietnam, à 15h35, heure locale. C’est la première étape de notre périple en Asie dus Sud Est. Nous rejoignons le centre en mini-bus à la recherche d’un logement, n’ayant aucune réservation et espérant trouver une solution en couchsurfing.

 

Dōmo arigatō gozaimashita aux ambassadeurs de la gastronomie Française !